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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 21:16

Une expérience faite au Congo dans la ville de Lubumbashi, au début des années 1990, est un exemple d'application simultanée de deux concepts sur l'assainissement. Elle nous a été relatée par un prêtre congolais résidant en Belgique. A notre connaissance, elle n’a jamais été publiée. Nous n’avons pu par nous-mêmes vérifier ni les détails, ni l’étendue de cette action. La description qui suit est donc simplement une indication susceptible de nous éclairer.

Grâce à une aide internationale, les égouts – datant de l’époque coloniale – ont été remplacés et étendus à toute la ville (environ 600.000 habitants). C’est vers la fin des travaux qu’on s’est aperçu que, soit pour cause de sous-évaluation des coûts, soit pour une autre raison, il n’y avait pas assez d’argent pour équiper d’égouts un des quartiers de la ville, le quartier dit «Tabazaïre» (aujourd’hui dénommé «Tabacongo»). Donc, ce quartier de 40.000 habitants est resté «dit insalubre».

Les pères salésiens de Don Bosco dont la Mission était près de ce quartier ont alors pris les choses en mains. Ils avaient connaissance des travaux de Joseph Országh sur les toilettes à litière biomaîtrisée (TLB).

Dans un premier temps, ils ont organisé une campagne d’information auprès de la population concernée, sur les dangers sanitaires que représentent l’écoulement des eaux issues des W.-C. et des latrines à travers les rues. Pendant cette campagne, le public était invité à voir et essayer à la Mission les TLB installées. Le but était de montrer que :

  • ces toilettes pouvaient être placées à l'intérieur des habitations;
  • correctement gérées, elles ne sentaient pas mauvais;
  • leur gestion n'était pas compliquée.

L'étape suivante était le placement gratuit de ces toilettes auprès de quelques dizaines de familles volontaires, pour les tester dans des conditions réelles. C’était l’occasion de finaliser les plans pour la fabrication en série de ces toilettes dans les ateliers-école de la Mission. Il s’agissait de toilettes prévues pour familles nombreuses, avec un réservoir de 50 litres. Les réservoirs ont été offerts par la société minière Gécamines installée près de la ville. En fait, il s’agissait de fûts en plastique, de récupération, munis de couvercles étanches ayant servi pour la livraison de produits chimiques utilisés dans l’usine.

Parallèlement, des pères missionnaires suivaient de près l’expérience des familles ayant reçu une TLB. Grâce à ce suivi, ils pouvaient affiner l’information à diffuser lors de la seconde campagne en faveur du placement de ces toilettes. Un des arguments pour encourager à remplacer le W-C par la TLB était la réduction de la facture d’eau.

La campagne d’assainissement «alternatif», sans viser ce but, a fini par créer beaucoup d’emplois valorisants. En effet, la fabrication en série des toilettes a mobilisé de la main d’œuvre à l’atelier. Pour la fourniture de ces toilettes, on a demandé aux intéressés une contribution financière. L’extension de l’aire de compostage et celle de la superficie du terrain de maraîchage près de la Mission a aussi mobilisé de la main d’œuvre locale.

Une bonne partie des familles a ainsi abandonné son W-C au profit de la nouvelle toilette. Grâce à l’aide (presque) bénévole des jeunes du quartier, des milliers de TLB ont été installées. Une partie à l’intérieur des maisons, mais beaucoup ont finalement été installées dans une cabane située au jardin familial. Il semblerait que les quelques familles de Musulmans auraient placé, près de leur TLB, dans la cabane, un petit bassin rempli d’eau pour les ablutions rituelles.

Encouragés par les infirmières du dispensaire médical du quartier, même quelques familles chrétiennes s’en sont inspirées pour améliorer l’hygiène. Un bassin lave-main a ainsi été placé près de la toilette, avec un arrosoir (sans pommeau) rempli d’eau, placé sur un tabouret en hauteur. Le dispositif servait à remplir le bassin pour se laver les mains.

Il a donc fallu organiser la fabrication et la fourniture de la litière. Celle-ci a été fabriquée à la Mission en utilisant comme matière première : des hautes herbes coupées et hachées, de la sciure et des copeaux de l’atelier de menuiserie, mais aussi des cartons d’emballage (rapportés par des gamins du quartier, contre un «salaire» modeste) récupérés de la décharge publique et déchiquetés. Même des industriels locaux ont contribué à la fabrication de la litière, en fournissant de déchets de noix de coco et ceux issus du nettoyage des grains de coton (pour faire de l’huile). Il a fallu fournir en moyenne un sac de 50 litres de litière par semaine à chaque famille.

Le ramassage des fûts remplis de fumier humain était assuré par des équipes de jeunes qui, au départ de la Mission, poussaient des charrettes à deux roues chargées de sacs de litière et de fûts vides et propres. Ils revenaient sur l’aire de compostage avec un chargement de fûts remplis et de sacs à litière vide.

On ramassait une grande quantité de fumier humain dont le compostage mobilisait aussi de la main d’œuvre. Avant le compostage, aux effluents des toilettes, on ajoutait encore de déchets agricoles et ceux venant du maraîchage. Outre la fertilisation du jardin de maraîchage de la Mission, on vendait du compost aux autres familles vivant de la production vivrière pour le marché local. Les légumes produits sur place et vendus dans le commerce, ont fini par couvrir une bonne partie des besoins de la ville. L’argent récolté par la vente du compost et des légumes servait à rémunérer les équipes de ramassage des effluents des TLB et ceux qui travaillaient au centre de compostage et de préparation de la litière.

Le quartier Tabazaïre n’a donc pas eu d’égouts. Afin de canaliser un tant soit peu les eaux de ruissellement dans lesquelles des eaux-vannes n’arrivaient plus (ou très peu, grâce aux TLB), on mobilisait les jeunes du quartier pour réparer et aménager les caniveaux déjà existants dans les rues. En saison sèche, les familles ont été encouragées à utiliser les eaux savonneuses du ménage pour irriguer les plantes du jardin. Sur presque toute leur longueur, les caniveaux étaient à sec ; ils ne fonctionnaient qu’en saison de pluies. Ainsi, les eaux de précipitations mélangées avec les eaux savonneuses étaient conduites hors du quartier. Les caniveaux ont vite été colonisés par une végétation dense qui était même un élément filtrant et décoratif, dans un quartier où il n’y avait même pas de trottoirs, de routes hors poussière et boue. On a relevé le fait que l’eau drainée sortant hors du quartier était déjà claire. On n’en a jamais fait l’analyse. C’est dommage, car en l’absence quasi totale d’eaux-vannes, ces eaux ne devaient pas contenir trop de pollution, ni par les nitrates ni par des phosphates. Il aurait aussi été intéressant d’analyser cette eau au point de vue bactérien.

Pendant les trois années qui ont suivi l’installation de ce système, deux épidémies de choléra ont traversé la ville de Lubumbashi, faisant de nombreuses victimes, surtout auprès des enfants.

Les experts de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) présents, ont remarqué que le quartier Tabazaïre était relativement bien épargné des épidémies en dépit de son caractère qualifié « d’insalubre » à cause de l’absence d’égouts. Ils n’y comprenaient rien. Pourtant, le fait est facile à comprendre. En région tropicale, il n’y a pas d’égout urbain capable d’avaler intégralement les averses diluviennes qui peuvent s’abattre à certains jours sur la ville en saison de pluies. Pendant des heures les égouts débordent, déversent leurs eaux (fécales) à la rue où les enfants jouent. Au quartier Tabazaïre, aux mêmes moments, l’eau coulait aussi dans les caniveaux, parfois débordait même sur la rue, mais quasiment sans eaux-vannes. Lorsqu’on utilise les TLB, on n'en produit pas. Les déjections humaines se trouvent dans les réservoirs des TLB en attendant leur évacuation vers l’aire de compostage.

Le calcul économique, pourtant primordial, n'a jamais été fait pour un tel assainissement. On peut cependant avancer des estimations.

Une TLB , même en version décorative et luxueuse, ne coûte pas plus cher qu’une cuvette de W-C munie d’une chasse d’eau. Seulement, pour la première, il ne faut pas d'eau courante, de tuyau d’évacuation, ni d’égout, ni de station d’épuration...

L'argent épargné grâce au non placement de ces équipements coûteux peut servir à aménager des trottoirs hors boue et poussière, et même une piste cyclable. Les enfants iraient à l’école avec leur roller, planche à roulette ou vélo (vous avez dit : mobilité urbaine durable ?).

Pour récolter les eaux de ruissellement, il est moins cher de placer des caniveaux stabilisés (N.B. la photo présentée n'a pas été prise à Lubumbashi) avec des éléments de béton ajourés, que des égouts. Ces caniveaux ne doivent pas être étanches. Au contraire, ils doivent disperser les eaux (parfois savonneuses) dans le sol. On peut même les couvrir avec des plaques de béton ajourées.

Les eaux récoltées peuvent être conduites dans une zone humide hors de la ville. En l’absence d’eaux-vannes les eaux, même savonneuses, sous l’effet de la lumière du jour et de l’air, clarifient spontanément. Les eaux grises d’un quartier périurbain peuvent ainsi être épurées à bon compte avant d’être déversées dans la rivière la plus proche.

Les résidus de médicaments contenus dans les déjections, sont pratiquement décomposés par le compostage. La pollution des eaux par les habitations disparaît tout simplement, sans investissements importants.

Les philosophies d’approche – ECOSAN vs. SAINECO

Sans que ses adeptes s'en rendent compte, ECOSAN relève d'une philosophie anthropocentrique où l'homme, «dominant la nature» est au centre de l'univers et des préoccupations. L'assainissement est avant tout au service du confort mental et intellectuel de l'homme. Le plus important est la «sauvegarde de la santé» de l'homme en tant que personne. Lorsqu'on applique ECOSAN, la santé des écosystèmes qui font vivre l'homme et tous les autres être vivants, vient seulement après... bien après.

Ce n'est pas une thèse intellectuelle, mais un fait tangible. L'agriculture chimique avec ses engrais de synthèse, ses pesticides, et son mépris pour la vie du sol est une des plus belle manifestations de cette philosophie. Il y en a beaucoup d'autres, bien connues du public... Ce n'est un secret pour personne que l'homme a déjà détruit une grande partie de la biosphère, mais il est aussi en train de faire disparaître des milliers d'espèces vivants. Le discours officiel sur la «biodiversité» reste creux et sans effets tangibles, tant qu'on s'entête à s'inspirer de la philosophie anthropocentrique. Ce qui est plus inquiétant, est l'importance qu'on accorde à l'économie ou plus exactement à l'argent, d'où la préoccupation économique prioritaire des démarches comme celles de «Blue Economy». Ce n'est pas un hasard qu'un tel concept ait tant de succès. Si la démarche en question permet aussi de ménager un peu l'environnement, tant mieux, car cela donne bonne conscience, mais le plus important est la rentabilité économique qui doit passer avant tout.

Le confort offert par les W.-C., les toilettes à séparation, les égouts et les conduits d'eau potable doit satisfaire le mental de l'homme avec ses traditions, ses croyances et sa capacité «d'acceptation sociale» (Cf. définition de SuSanA).

Dans l'approche de SAINECO l'homme fait tout simplement partie de la biosphère, au même titre que toutes les espèces qui vivent sur notre planète. La gorille, l'hippopotame, le crocodile, la panda, l'éléphant, le tigre, les baleines, les abeilles, et même les soi-disant «nuisibles» et tous les autres êtres vivants ont droit à un espace vital pour couvrir leurs besoins et assurer leur bien-être. Certains appellent cette approche de «l'hypothèse Gaïa ou biogéochimique». Moi, personnellement je l'appellerais tout simplement biocentrique, car c'est l'ensemble des êtres vivants, la vie (bios) qui y est au centre des préoccupations.

Dès lors, on comprend que le but premier de SAINECO n'est plus «la sauvegarde de la santé de l'homme», mais celle de toute la biosphère. Dans une biosphère saine, l'homme l'est aussi par la force des choses. La réparation des dégâts faits par l'approche anthropocentrique passe par l'abandon du système de tout à l'égout (le fleuron de cette approche), et du principe même de l'épuration (y compris avec les plantes!). Parallèlement, il faut restaurer la liaison entre le traitement des eaux usées et la production alimentaire mondiale. Pour l'humanité et pour la planète, il n'y a pas d'autre chemin vers un monde viable et durable.

L'idée de base de l’assainissement durable – ou SAINECO

L'idée-force de SAINECO est l'intégration des interdépendances entre la gestion de l'eau, celle de la biomasse animale et végétale et leurs influences sur les changements climatiques. Grâce à la reconnaissance de ces interdépendances, on peut, dès à présent, proposer un programme mondial pour sortir l'humanité, en moins de 50 ans, de ses problèmes alimentaires et de ses problèmes d'eau, par la régénération des écosystèmes dégradés. Ce programme (beaucoup moins onéreux que les propositions actuelles pour résoudre uniquement les problèmes d’assainissement des villes dans le monde), aurait des impacts susceptibles de ralentir les changements climatiques, voire les arrêter (avec une démarche parallèle de réduction de la consommation d'énergie).

publié le 11 janvier 2013 par

Joseph Országh, Francis Busigny, Jean Dalennes

sur http://www.eautarcie.org/02a.html

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commentaires

Busigny 21/11/2015 16:11

Informez votre Conseil Communal (B) ou Municipal (F) de votre dernière volonté.
2015-11-19 20:12 Modifier

Dès qu'une personne, quel que soit son âge et son état de santé, est convaincue que l'humusation lui conviendrait mieux que d'être enterrée ou incinérée, elle peut en informer le Collège des Bourgmestre et Échevins de sa Commune (en Belgique) ou son Conseil Municipal (en France).

Même si la loi légalisant l'humusation n'existe pas encore, nous pouvons faire encore plus pression sur nos élus, en leur demandant de faire, eux aussi, tout ce qu'ils peuvent, pour que tous ceux qui le souhaitent déjà puissent choisir l'humusation.

Cliquez sur l'image à droite, tout en bas de chaque page du site www.humusation.org , pour télécharger et imprimer l'acte de dernière volonté, qui vient d'être modifié en ce sens, complétez-le et envoyez-le aujourd'hui à votre Conseil Communal(B) ou Municipal (F).

MERCI

machiels 20/11/2015 21:03

je suis partisante d'écologie depjuis toujours tris ,compst, toilette seche.....
Je suis très intéressée par l'humusation, que faire pour éventuellement vous aider dans ce domaine
La ville de Namur connait mon désir, je signe et fais signer la pétition
Merci beaucoup de pouvoir avoir cet espoir
Merci de votre travail renée gielis épouse roger machiels

assainissement 44 09/07/2015 13:51

L'assainissement EPUR est pour moi le meilleur vous devriez vous pencher sur leurs gammes de produits vous ne serez pas déçus

Francis 09/07/2015 15:12

il y a longtemps que je connais vos produits !
Vous n'avez pas encore compris que, plus vous épurez, plus vous détruisez l'environnement
(car vous privez, de façon irrémédiable, les couches fertiles de la terre des restes de ce qu'elles nous ont donnés !)
et que, avec ces méthodes, vous n'arriverez jamais à remettre l'eau dans l'état "d'avant de vous en être servi comme d'un dépotoir"
Ce que vous proposez est un acte suicidaire pour l'avenir de l'Humanité...
ni plus, ni moins !