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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 22:36
C'est avec intérêt que j'ai écouté l'émission à Radio VivaCité concernant l'éco-consommation. Etant membre de Nature & Progrès, ainsi que j'étais, pendant 15 ans, le représentant des Amis de la Terre auprès de la Commission des Eaux de la Région wallonne, c'est également une de mes préoccupations.
 
L'intervention de Francis à propos des toilettes sèches m'a particulièrement interpellé. Même s'il ne s'agit pas d'une "consommation" proprement dite, l'usage de telles toilettes entre dans la lignée générale des préoccupations pour les générations futures. Je dirais même, que l'usage d'une toilette sèche peut actuellement être considéré comme un des sommets de la conscience écologique transposée dans la pratique quotidienne. A titre de comparaison, utiliser une poudre à lessiver "respectueuse de l'environnement" aura un impact tout à fait négligeable sur la qualité des eaux rejetées par la station d'épuration par rapport à la suppression des eaux vannes (eaux fécales).
 
Contrairement aux idées généralement admises - hélas même par les environnementalistes - la nuisance majeure des eaux usées urbaine réside précisément dans le rejet des eaux vannes dans les égouts. Les techniciens en génie sanitaire fournissent au public une information incomplète sur les impacts réels des stations d'épuration. Ils mettent en évidence le fait que l'épuration dite "tertiaire" (donc avec unités de dénitrification et de déphosphatation) élimine 90 à 95% de l'azote et une proportion importante de phosphore des eaux usées. Etant donné que 98 % de l'azote et environ 50% de phosphore contenus dans les eaux usées urbaines provient des eaux fécales, eu égard à ces éléments, l'épuration "répare" les dégâts des W-C. Cette vision est confortable et donne bonne conscience, mais elle est scientifiquement incorrecte. 
 
La réalité est moins reluisante. Le temps de passage de quelques heures des eaux à travers la station d'épuration est trop peu pour éliminer la pollution organique uniquement par oxydation biologique. La majorité de l'azote et du phosphore est piégé dans les boues d'épuration, précisément pendant la phase d'épuration "secondaire". Cette phase rejette encore un eau qui contient environ 15% de l'azote qui entre. L'étape tertiaire n’opère donc que sur ces 15%.
L'écrasante majorité de l'azote et du phosphore se retrouve donc dans les boues.
 
Il est vrai que l'eau épurée sortant de l'étape tertiaire contient relativement peu d'azote par rapport à l'azote qui entre en station. Par contre, ce résidu, 5 à 10 % de l'azote entrant, se retrouve, sous forme de nitrates et de phosphates dans les eaux rejetées. Cette quantité est largement suffisante pour provoquer le phénomène d'eutrophisation du milieu récepteur. C'est ce qu'on appelle "asphyxie" de la rivière dont l'eau d'apparence limpide ne contient plus suffisamment d'oxygène pour faire vivre une faune aquatique diversifiée. Avez-vous déjà observé l'exutoire d'une bonne station d'épuration? Il est colonisé par des algues filamenteuses montrant bien l'eutrophisation en marche. Une étude fait par les Amis de la Terre sur la Magne, a mis clairement en évidence le fait que les "points noirs" de pollution de cette rivière étaient précisément les sorties des stations d'épuration. Mais il en est ainsi pour toutes les rivières wallonnes.
 
 La qualité moyenne des rivières a baissé, suite à la réalisation du programme wallon d'épuration. Il n'y a eu amélioration qu'aux endroits où le rejet d'eau non épurée était remplacé par celui d'une station d'épuration. Par contre, la masse énorme d'eau qui, avant le programme d'épuration était confiée au pouvoir épurant remarquable (et gratuit) du sol, était canalisée vers les rivières via les égouts et stations d'épuration. La nouvelle pollution résiduaire de l'épuration était finalement plus importante que le gain obtenu par la suppression des rejets directs, d'où une baisse de qualité de nos cours d'eau. 
Devant ce constat d'échec, après la dépense de plusieurs milliards d'euros pour l'épuration, on n'ose pas dire toute la vérité. Les techniciens argumentent sur le fait que grâce à l'égouttage et l'épuration, on épargne nos réserves d'eaux souterraines de la pollution urbaine.
 
C'est vrai, mais ce n'est pas toute la vérité non plus. Regardons la situation des eaux souterraines. Même en admettant le fait - tout à fait impossible - que les puits perdants et les eaux usées infiltrées dans le sol sans épuration livrent la totalité de leur azote aux eaux souterraines, la pollution par les nitrates de ces eaux n'ajouterait qu'à peine 5% par rapport à la pollution azotée de l'agriculture. En réalité, sauf dans les cas très rare, où le puits perdant communique avec la nappe phréatique, l'azote organique contenu dans les eaux vannes non épurées a vraiment peu de chance d'atteindre les eaux souterraines. Ces grosses molécules polaires s'adsorbent très bien sur les particules du sol et en milieu anaérobie (en l'absence d'air) une action bactérienne les dénitrifie d'une manière efficace. Si la dispersion se fait dans la rhizosphère des plantes, non pas aquatiques, mais terrestre, la nuisance envers les nappes phréatique est négligeable, voire nulle. Il en est tout autrement avec l'épandage du lisier et des engrais de synthèse. 
 
Lorsqu'on parle d'épuration individuelle, il y a également un fait dont les techniciens en génie sanitaire n'aiment pas beaucoup parler. L'infiltration dans le sol des eaux vannes après épuration devient une véritable menace pour les eaux souterraines. En effet, si l'azote organique, donc avant épuration, est très bien fixé par les particules du sol donnant à l'action bactérienne toute l'efficacité de dénitrification, les eaux épurées constituent un concentré de nitrates et souvent d'ions d'ammonium. En l'absence d'étape tertiaire - et c'est le cas de tous les systèmes d'épuration individuel recommandé par l'administration régionale - mieux un système d'épuration aérobie fonctionne, plus il pollue et détruit l'environnement. On fait donc dépenser beaucoup d'argent pour imposer des techniques non pas inefficaces, mais franchement nuisibles à l'environnement. En tout cas nettement plus nuisibles que la non-épuration et l'infiltration dans le sol. Ce qu'il faudrait interdire partout, c'est le rejet des eaux épurées ou non dans les cours d'eau.
 
Mais la nuisance la plus importante de l'épuration classique, surtout collective, consiste dans la production des boues. Dans l'évaluation des systèmes d'épuration, la production des boues n'est pas prise en considération, mais uniquement le taux d'épuration. Or, au moins 85% de l'azote contenu dans les eaux usées se retrouve in fine dans les boues. Lors de la "valorisation agricole" de ces boues, il n'y a qu'une proportion relativement faible d'azote qui sera assimilé par les plantes. La majorité sera minéralisée (on est en surface, donc en milieu aérobie, où la dénitrification est impossible) et attendra la première pluie pour s'infiltrer dans les eaux souterraines ou ruisseler vers le cours d'eau le plus proche. Le bilan de l'opération: l'écrasante majorité de l'azote contenu dans les eaux vannes se retrouve finalement dans les eaux sous forme de pollution par les nitrates.
 
Lors d'une de mes conférences, un technicien m'a fait remarquer qu'avant leur utilisation agricole, les boues sont soumises à la méthanisation produisant de l'énergie. Ici, la situation est encore pire que par l'épandage direct des boues. En milieu anaérobie (donc dans le réacteur à biométhane), l'azote organique se transforme en ammoniac et en ions nitrites particulièrement toxiques. L'utilisation agricole du digestat sortant du réacteur est plus polluante que celle de lisier d'élevage.
 
La combustion des boues d'épuration (contenant plus de 90 % d’eau !) est un gâchis énergétique (il faut sécher!) et une pollution atmosphérique considérable. L'incorporation des boues dans le béton, est une bombe de pollution à retardement.
 
L'épuration n'aura donc d'autre effet que faciliter la transformation de l'azote organique (qui n'est pas un déchet) en pollution par les nitrates.
 
Eu égard à ce fait, on peut considérer que l'épuration, surtout collective, est une nuisance environnementale majeure.
 
C'est dans ce contexte que doit être situé l'usage des toilettes sèches. Dès le moment, où grâce à la suppression des chasses, les ménages ne produisent que des eaux grises (eaux savonneuses) 98% de l'azote et environ 50% de phosphore n'arrivent plus dans les eaux usées. Dès lors, le traitement sélectif de celles-ci, même en milieu urbain, devient simple, efficace et très bon marché. Même en continuant à utiliser les poudres à lessiver phosphatées à base de molécules de la pétrochimie. La clef de cette démarche est la suppression des W-C.
 
Ici, aussi, contrairement aux idées reçues, si les toilettes à litière ne peuvent pas prendre place dans les appartements urbains, le traitement sélectif des eaux vannes et les eaux grises est parfaitement possible, notamment par le dédoublement des égouts. La "tarte à la crème" des techniciens en génie sanitaire est précisément le double égouttage, mais d'une manière complètement illogique. Ils souhaiteraient canaliser les eaux pluviales dans un système d'égouts séparé des égouts classiques. Si le but est la protection de l'environnement, les égouts séparés devraient servir pour récolter d'une manière sélective les eaux vannes et les eaux grises.
 
Les eaux vannes devraient provenir des W-C à haute technologie, semblables à ceux des TGV. Avec une chasse délivrant peu d'eau sous haute pression pour rincer la cuve. Les effluents broyés seraient alors envoyés sous légère pression dans un système de canalisation à faible section (donc coût plus faible) vers un centre de traitement de la biomasse. Dans ce centre, on pourrait alors mettre en application les principes de fonctionnement de la toilette à litière biomaîtrisée. Les eaux vannes concentrées serviraient à imprégner la partie fermentescible des ordures ménagères (43% de la masse des poubelles), des déchets verts broyés et la partie « papiers souillés » des ordures (matière cellulosique), notamment les cartons d'emballage. On pourrait encore compléter le mélange avec des déchets agricoles et forestiers cellulosiques. Il ne resterait dans les ordures que les plastiques à incinérer à haute température. Après compostage aérobie de l'ensemble de ces déchets, on produirait un amendement agricole de très haute valeur, pas seulement pour fertiliser, mais pour régénérer les terres agricoles. C'est la solution unique pour injecter ces divers déchets dans les grands cycles naturels de l'azote, du phosphore et du carbone.
 
La valorisation énergétique de la biomasse, telle qu'on pratique actuellement une atteinte grave à la biosphère. La biomasse peut fournir beaucoup d'énergie, mais par une filière qu'on refuse actuellement à envisager.
 
Les eaux grises produites par les villes pourraient alors être traitées dans des installations plus simples et moins chères que je ne puis décrire ici. Après épuration l'eau contiendrait moins de nitrates que l'eau de distribution utilisée par les ménages. La teneur en détergents et en micropolluants serait également réduits à une valeur largement inférieure à celle qui sort actuellement des stations d'épuration. La raison de cette performance réside dans le fait biologique que la présence d'eaux vannes empêche la bonne épuration des eaux grises et inversement.
 
Dans les quartiers périurbains et rurals (au moins 75% des habitats en Wallonie) l'usage des toilettes à litière biomaîtrisée constitue la voie royale pour la valorisation des eaux vannes. Quant aux eaux grises, des expériences faites à l'Université de Mons-Hainaut montrent que leur passage dans une simple fosse septique qui - de ce fait- devient une fosse à eaux grises, élimine la plus grande partie de la pollution et la presque totalité de peu d'azote par dénitrification anaérobie. L'eau ainsi traitée peut alors être envoyée dans un puits perdant ou dans un drain de dispersion, sans la moindre nuisance pour les eaux souterraines. De ce fait, le coût de l'épuration des ménages qui accepteraient l'usage d'une toilette à litière, se réduira à une somme du même ordre de grandeur que le tuyau pour se raccorder à l'égout. Mais, dans ces quartiers, il ne faudrait plus d'égouts, mais uniquement des caniveaux couverts (très bon marché) pour canaliser les eaux de la voirie. Les égouts existants, après interdiction formelle d'y rejeter des eaux usées, pourraient aussi véhiculer les eaux de la voirie.
 
Pour arriver à cette situation, il faut évidemment modifier la législation. Ce n'est pas l'eau consommée qu'il faut taxer, mais la pollution qu'on y rejette. Il faut donc taxer les produits détersifs, les produits de soins corporels, les désinfectants, savons, produits de nettoyage, en somme tout ce qui arrive dans les eaux grises. Une taxe devrait être levée - partout où il n'y a pas de collecte sélective par égouts à eaux vannes - pour la charge fécale, par équivalent - habitant. Les ménages utilisant une toilette sèche seraient évidemment exonérés de cette taxe. 
 
Encore un mot à propos de la pertinence d'utiliser une toilette sèche. Certains adeptes de la toute épuration prétendent que l'épuration répare les dégâts des W-C à chasse. Nous avons vu que c'est juste le contraire qui est  vrai: l'épuration aggrave la situation. Après mes arguments sur le caractère nuisible de l'épuration classique (y compris par les plantes), on avance l'idée suivant laquelle, la quantité d'azote et de matière organique contenus dans les eaux vannes sont "négligeables". Voyons les chiffres. Nous sommes plus de 6 milliards, et dans un avenir pas trop lointain nous serons 9 milliards. La biomasse humaine dépasse actuellement celle de toutes les espèces animales vivant sur la terre, à l'exception des bovins et des porcins. Les déjections de l'humanité contiennent une quantité d'azote équivalente à 40% de l'azote utilisé dans l'agriculture mondiale.
 
Compte tenu du fait que
- pour produire 1 kg d'azote sous forme d'engrais de synthèse, il faut brûler 2,5 kg de pétrole;
- la matière organique contenue dans les déjections constitue un montant considérable d'humus potentiel;
- nos terres agricoles disparaissent et meurent pour cause du manque d'humus
 
Détruire la biomasse fécale sous prétexte d'épuration et de la transformer en pollution par les nitrates est une atteinte grave à la biosphère. Dans un monde de développement durable, ni le W-C à chasse, ni l'épuration, telle qu'on la pratique actuellement n'a plus de place.
 
Je peux même montrer que grâce la gestion correcte de la biomasse, avec des techniques esquissées ci-dessus et d'autres techniques appliquées à l'échelle planétaire, l'humanité peut sortir de ses problèmes d'eau en moins de deux générations (env. 50 ans). Une des conséquences de ce type de gestion serait une forte réduction de la teneur en CO² de l'atmosphère et l'atténuation, voire la résorption progressive de l'effet de réchauffement climatique. Le problème d'eau dans le monde en un faux problème, car les solutions techniques existent pour sortir de l'impasse, mais les techniciens et les décideurs économiques et politiques refusent de les envisager. 
 
Je ne parle même pas de la valorisation intégrale de l'eau de pluie qui constitue l'autre clef de la gestion durable de l'eau dans les habitations. Cette technique, moyennant d'investissements bien moindres qu'on envisage actuellement donnerait de l'eau potable de haute qualité à tous, en peu de temps. Lorsqu'on dit, que 1,4 milliard d'humains n'a pas d'accès à l'eau potable, je dis: en peu de temps ce problème est soluble, avec peu d'argent, mais en changeant notre vision sur l'eau. Lorsqu'on dit que près de la moitié de l'humanité n'a pas d'accès à l'assainissement, je dis: heureusement, car l'assainissement préconisé par les techniciens perpétue nos problèmes d'eau. Il faut opérer d'une manière complètement différente.
 
Vous trouverez, une documentation complète sur ces sujets en visitant mon sitewww.eautarcie.com.  
 
Bien à vous,
 
Joseph Országh    

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