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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 22:50
Les principes qui gouvernent l’économie mondiale ont pu donner l’illusion que l’abondance pouvait s’étendre sans frein à toute la Planète. Il s’avère aujourd’hui que cette expansion touche à sa fin. puisque la majorité des richesses  sont issues de sources qui vont se tarir à brève échéance.
Aujourd’hui, l’industrie en subit déjà le contre-coup puisqu’elle dépend directement des matières premières du sous-sol sous forme d’énergie : pétrole, gaz, uranium … ou de minerais dont elle tire les métaux.
L’agriculture est la première touchée par la rareté du pétrole. Les conséquences en sont d’autant plus graves que la nourriture est le premier besoin de l’homme. Pour faire une tonne de nitrate, il faut 2,5 tonnes de pétrole. Pour faire une salade, il faut 1 litre de fuel. Plus grave encore, les engrais chimiques, gavant les végétaux d’azote, inhibent l’absorption des oligo-éléments et des sels minéraux nécessaires à leur immunité naturelle. Ainsi les pesticides et traitements multiples deviennent indispensables avec leur cortège de destruction des sols et de pollutions. Prise dans cette spirale de dépendance, il est urgent de populariser une autre agriculture qui sera le ferment de la redécouverte de la Culture définie comme l’art d’harmoniser la diversité des modes de vie avec les biodiversités naturelles.
L’histoire du compost remonte aux premières civilisations sédentaires, venues du Proche Orient et de la Chine. Les matières organiques, végétaux, déchets de cuisine, matières fécales et urines animales et humaines, étaient rassemblées avec soin en un lieu désigné. On y  posait   tous ces composants  , afin de les composter. Un calendrierordonné sur 90 jours, précisait, du début du dépôt jusqu’à l’épandage, les dates d’arrosages et de retournements du tas. Cette méthode fut retrouvée et appliquée, en particulier en Angleterre, pour améliorer les rendements et maintenir la fertilité des sols … jusqu’à la première guerre mondiale où les excédents d’explosifs et de poudre à canon furent reconvertis sous forme d’engrais chimiques pour l’agriculture. Devant l’augmentation des rendements, les jardiniers et les agriculteurs abandonnent les soins du sol, tradition séculaire qui assure la pérennité de la vie. La guerre poursuit donc encore ses ravages sous la forme insidieuse d’une bombe à retardement.
 
Dans ce contexte de pénurie, le compostage ne peut plus être considéré comme une option facultative du jardinier ou de l’agriculteur. Il est le fondement même de la conservation de la vie sur Terre. Il fait partie du cycle planétaire au même titre que le cycle de l’eau qui se purifie en se condensant sous forme de pluie, aussi important que la lumière du soleil. Il intègre l’humanité comme une composante de la biosphère, redonne du sens à l’acte le plus humble qui soit, nous reliant ainsi à l’humus d’où nous sommes issus et auquel nous retournons.
Composter, est un acte de résistance à l’égard de l’industrie agroalimentaire. La période dorée des hauts rendements est terminée. La terre demande de plus en plus d’intrants chimiques et de nouveaux pesticides de plus en plus chers, pour tenter de conserver les hauts rendements artificiels.
Pourtant, les expériences menées dans le tiers monde ont montré, en Ethiopie par exemple, que le compostage a permis une augmentation de 30 à 100% des rendements agricoles en supprimant la moitié des arrosages et des sarclages , tout ceci dans une région en voie de désertification.
 
 
Ce livre présente une méthode particulière de compostage issue de travaux scientifiques récents dont ceux de l’ingénieur agronome Jean Boucher, à qui nous rendons hommage.
 Avec ce savoir-faire retrouvé, le compost nous apporte une fertilité gratuite, des végétaux résistants, une alimentation saine, un environnement préservé et qui plus est, résout du même coup les problèmes de déchets.
Cette méthode, grâce à la montée spectaculaire en température, permet d’éradiquer les éventuels éléments pathogènes des matière fécales. Ce qui autorise en toute sécurité le compostage humain, sans exclure les divers apports du règne animal, donnant ainsi une crédibilité accrue aux toilettes à litière biomaitrisée. Cette alternative à la chasse d’eau séduit de plus en plus par son confort et sa simplicité de mise en œuvre, mais aussi et surtout par ses performances écologiques: 40% de pollution en moins des eaux de surface, et économiques: 40% d’eau potable préservée par l’absence de chasse d’eau.
 
Ces tas d’ordures du coin des bornes,
ces tombereaux de boue… savez-vous ce que c’est ?
C’est de la prairie en fleur, de l’herbe verte.
C’est du blé doré, c’est du pain sur notre table,
de la santé, de la joie, de la vie.
Victor HUGO
 
L’alimentation tient une place prépondérante dans nos recherches concrètes sur un mode de vie soutenable. Désormais éloignés des choses de la terre, nous avons oublié que la manière dont sont produit nos aliments détermine plus que tout autre domaine un choix de société. L’aménagement du territoire, centralisé comme l’est particulièrement celui de la France, est issu de ce choix . Il affecte directement le problème de l’énergie, de l’habitat et des transports.
 
Contrairement aux idées reçues, « les petites exploitations, y compris les jardins familiaux bien menés produisent presque toujours beaucoup plus de produits agricoles par unité de superficie que les grandes exploitations. » ( Institut pour la nourriture et le développement). Cette donnée est fondamentale parce qu’elle légitime ce que Henri Mendras appelle « la re-ruralisation de la société française ». Elle fait de nous, parfois sans le vouloir ni le savoir, les artisans d’une nouvelle culture rurale ouverte sur un monde plus équilibré et plus harmonieux . Elle nous encourage à mieux connaître la vie du sol et la mystérieuse et merveilleuse alchimie du compost.
 
Souvenons nous, que l’ humble geste quotidien de recycler nos déchets organiques et humains est le fondement d’une civilisation qui intègre l’homme dans le cycle des lois naturelles. Il nous réconcilie avec notre identité profonde en nous rappelant chaque jour que la Terre ne nous appartient pas. 
Nous appartenons à la Terre.
 
Patrick Baronnet

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