Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 09:04

     Un Roi avait pour fils unique un jeune Prince
  courageux, habile et intelligent. Pour parfaire
  son apprentissage de la Vie, il l'envoya auprès
  d'un Vieux Sage.
 
     "Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie", demanda
  le Prince.
    
     "Mes paroles s'évanouiront comme les traces
  de tes pas dans le sable, répondit le Sage. Cependant
  je veux bien te donner quelques indications. Sur ta
  route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes
  indiqués sur chacune d'entre elles. Un besoin
  irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche
  pas à t'en détourner, car tu serais condamné à
  revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis
  t'en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans
  ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis
  cette route, droit devant toi."
 
     Le Vieux Sage disparut et le Prince s'engagea
  sur le Chemin de la Vie.
 
     Il se trouva bientôt face à une grande porte sur
  laquelle on pouvait lire "CHANGE LE MONDE".
 
     "C'était bien là mon intention, pensa le Prince,
  car si certaines choses me plaisent dans ce monde,
  d'autres ne me conviennent pas." Et il entama son
  premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur
  le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre,
  à conquérir, à modeler la réalité selon son désir.
  Il y trouva le plaisir et l'ivresse du conquérant,
  mais pas l'apaisement du coeur. Il réussit à changer
  certaines choses mais beaucoup d'autres lui résistèrent.
  Bien des années passèrent.
 
     Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demande :
  "Qu'as-tu appris sur le chemin ?" "J'ai appris,
  répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon
  pouvoir et ce qui m'échappe, ce qui dépend de moi
  et ce qui n'en dépend pas". "C'est bien, dit le
  Vieil Homme. Utilise tes forces pour agir sur ce
  qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à
  ton emprise." Et il disparut.
 
     Peu après, le Prince se trouva face à une seconde
  porte. On pouvait y lire "CHANGE LES AUTRES".
  "C'était bien là mon intention, pensa-t-il. 
  Les autres sont source de plaisir, de joie et
  de satisfaction mais aussi de douleur, d'amertume
  et de frustration." Et il s'insurgea contre tout
  ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez
  ses semblables. Il chercha à infléchir leur
  caractère et à extirper leurs défauts.
  Ce fut là son deuxième combat.
  Bien des années passèrent.
 
     Un jour, alors qu'il méditait sur l'utilité
  de ses tentatives de changer les autres, il croisa
  le Vieux Sage qui lui demanda : "Qu'as-tu appris
  sur le chemin ?" "J'ai appris, répondit le Prince,
  que les autres ne sont pas la cause ou la source
  de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions
  et de mes déboires. Ils n'en sont que le
  révélateur ou l'occasion. C'est en moi que
  prennent racine toutes ces choses." "Tu as raison,
  dit le Sage. Par ce qu'ils réveillent en toi,
  les autres te révèlent à toi-même. Soit
  reconnaissant envers ceux qui font vibrer en
  toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers
  ceux qui font naître en toi souffrance ou
  frustration, car à travers eux la Vie t'enseigne
  ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu
  dois encore parcourir." Et le Vieil Homme disparut.
 
     Peu après, le Prince arriva devant une porte
  où figuraient ces mots "CHANGE-TOI TOI-MEME".
  "Si je suis moi-même la cause de mes problèmes,
  c'est bien ce qui me reste à faire," se dit-il.
  Et il entama son 3ème combat. Il chercha
  à infléchir son caractère, à combattre ses
  imperfections, à supprimer ses défauts, à changer
  tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout
  ce qui ne correspondait pas à son idéal.
  Après bien des années de ce combat où il connut
  quelque succès mais aussi des échecs et des
  résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui
  demanda :
 
     Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
 
     "J'ai appris, répondit le Prince, qu'il y a en
  nous des choses qu'on peut améliorer, d'autres
  qui nous résistent et qu'on n'arrive pas à
  briser."
 
     "C'est bien," dit le Sage.
 
     "Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à
  être las de ma battre contre tout, contre tous,
  contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ?
  Quand trouverai-je le repos ? J'ai envie de
  cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner,
  de lâcher prise." "C'est justement ton prochain
  apprentissage, dit le Vieux Sage. Mais avant
  d'aller plus loin, retourne-toi et contemple
  le chemin parcouru." Et il disparut.
 
     Regardant en arrière, le Prince vit dans le
  lointain la 3ème porte et s'aperçut qu'elle
  portait sur sa face arrière une inscription qui disait
 
            "ACCEPTE-TOI TOI-MEME."
 
     Le Prince s'étonna de ne point avoir vu cette
  inscription lorsqu'il avait franchi la porte la
  première fois, dans l'autre sens. "Quand on combat
  on devient aveugle, se dit-il." Il vit aussi,
  gisant sur le sol, éparpillé autour de lui,
  tout ce qu'il avait rejeté et combattu en lui :
  ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites,
  tous ses vieux démons. Il apprit alors à les
  reconnaître, à les accepter, à les aimer. 
  Il apprit à s'aimer lui-même sans plus se comparer,
  se juger, se blâmer.
  Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
 
     "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
 
     "J'ai appris, répondit le Prince, que détester
  ou refuser une partie de moi, c'est me condamner
  à ne jamais être en accord avec moi-même.
  J'ai appris à m'accepter moi-même, totalement,
  inconditionnellement."
 
     "C'est bien, dit le Vieil Homme, c'est la première
  Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3ème
  porte."
 
     A peine arrivé de l'autre côté, le Prince
  aperçut au loin la face arrière de la seconde
  porte et y lut
 
            "ACCEPTE LES AUTRES".
 
     Tout autour de lui il reconnut les personnes
  qu'il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu'il
  avait aimées comme celles qu'il avait détestées.
  Celles qu'il avait soutenues et celles qu'il avait
  combattues. Mais à sa grande surprise, il était
  maintenant incapable de voir leurs imperfections,
  leurs défauts, ce qui autrefois l'avait tellement
  gêné et contre quoi il s'était battu.
 
     Il rencontra à nouveau le Vieux Sage. "Qu'as-tu
  appris sur le chemin ?" demanda ce dernier. 
  J'ai appris, répondit le Prince, qu'en étant en
  accord avec moi-même, je n'avais plus rien à
  reprocher aux autres, plus rien à craindre d'eux.
  J'ai appris à accepter et à aimer les autres
  totalement, inconditionnellement." "C'est bien,"
  dit le Vieux Sage. C'est la seconde Sagesse.
  Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte.
 
     Arrivé de l'autre côté, le Prince aperçut la
  face arrière de la première porte et y lut
 
             "ACCEPTE LE MONDE".
 
     Curieux, se dit-il, que je n'aie pas vu cette
  inscription la première fois. Il regarda autour
  de lui et reconnut ce monde qu'il avait cherché à
  conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé
  par l'éclat et la beauté de toute chose. Par leur
  perfection. C'était pourtant le même monde
  qu'autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé
  ou son regard ?
  Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda. 
 
     "Qu'as-tu appris sur le chemin ?"
 
     "J'ai appris, dit le Prince, que le monde
  est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit
  pas le monde, elle se voit dans le monde.
  Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai.
  Quand elle est accablée, le monde lui semble
  triste. Le monde, lui, n'est ni triste ni gai.
  Il est là ; il existe ; c'est tout. Ce n'était
  pas le monde qui me troublait, mais l'idée que
  je m'en faisais. J'ai appris à accepter sans
  le juger, totalement, inconditionnellement."
 
     C'est la 3ème Sagesse, dit le Vieil Homme.
  Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec
  les autres et avec le Monde." Un profond sentiment
  de paix, de sérénité, de plénitude envahit le
  Prince. Le Silence l'habita. "Tu es prêt,
  maintenant, à franchir le dernier Seuil, dit
  le Vieux Sage, celui du passage du silence de
  la plénitude à la Plénitude du Silence".
 
     Et le Vieil Homme disparut.
 
 
  Texte de Charles Brulhart, Décembre 1995
                       source : http://www.metafora.ch 

Partager cet article

Repost 0

commentaires